Creuse le trou, enferme les racines coupées


En Bretagne, les champs étaient clos de haies et de talus : un maillage de petites fermes, transmis de génération en génération. Puis sont venus les pesticides et le remembrement. La Bretagne peu agricole est devenue terre de grandes exploitations, les parcelles familiales fusionnées, leurs limites arrachées. Un paysage millénaire effacé en quelques décennies.
Je suis breton·ne. Ce paysage est mon héritage, comme la langue, arrachée elle aussi, interdite en quelque sorte. Elle ne survit qu'en fantôme ; ces histoires ne se racontent plus que comme anecdotes. L'identité d'une population entière, balayée.
Alors j'ai relevé les limites, en dur, et en papier. Les haies vives sont devenues un muret : des pierres de papier travaillées une à une, montées sur six mètres. Le souvenir pétrifie ce qui était vivant ; et le papier, matière du langage, est la seule pierre qui me reste pour rebâtir ce qu'on a interdit de dire.
Au centre, une porte, enchevêtrée de ronces : la haie qui revient, protectrice et blessante, en travers du passage. Le visiteur peut franchir le seuil. La plupart ne le font pas. L'œuvre travaille cette hésitation : ce qu'on hérite, ce qu'on traverse, ce qu'on laisse derrière.
Voir aussi : Depuis qu'elle est partie
2024 · Bois, papier, ronces · H180 × L600 cm · In situ