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Depuis qu'elle est partie

Depuis qu'elle est partie, photo 1

À Chengdu, j'ai voulu travailler avec les matériaux du lieu : le bambou, les feuilles de bananier. Du bambou, j'ai construit un îlot, un refuge pour le texte. À l'intérieur, des fragments de poésie, nés d'un poème de Tou-Fou (715-774) ; tout autour, une enceinte de plastique translucide. On voit l'îlot, on devine les poèmes. On n'y entre pas.

L'histoire chinoise connaît cela : une culture aimée, interdite, puis mise sous protection, visible désormais, mais à distance, comme derrière une vitrine d'elle-même. En construisant cette enceinte, je reconnaissais autre chose : la Bretagne, sa langue arrachée qui ne survit qu'en fantôme, son héritage qu'on regarde sans plus pouvoir l'habiter. Ce que l'on protège ainsi, c'est ce qu'on a d'abord laissé détruire.

Le visiteur reste dehors. Le cocon existe, mais le seuil ne s'ouvre pas ; c'est la seule de mes installations dont le seuil ne se franchit pas. L'expérience est celle d'une culture perçue mais hors d'atteinte, entre disparition et persistance. La mienne s'y tenait aussi, sans que personne là-bas puisse le savoir.

Voir aussi : Érodée, faible écriture, Creuse le trou, enferme les racines coupées

2024 · Bambou, feuilles de bananier, plastique translucide, fragments de poèmes · In situ, Nongyuan Art Village, Chengdu · Résidence NY20+