Mémorielle fragrance insulaire




















Pendant une semaine, une large feuille de papier a vécu dans un ruisseau. L'eau a fait ce que je fais d'habitude à l'atelier : elle a trempé, chargé, sédimenté. Mais elle l'a fait à sa vitesse, pas à la mienne.
Le papier a tout enregistré. Les chemins tracés par le courant, puis séchés quand l'afflux baissait : des hauteurs d'eau archivées dans la fibre. Les dépôts, placés selon la pente et le débit de chaque jour. Les trous, creusés par les petites bêtes d'eau venues coloniser et manger la feuille : une durée d'appétit, rendue visible. Au bout d'une semaine, j'ai récupéré une page parcellaire, trouée d'îlots et de manques, une carte. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite ; c'est sept jours de ruisseau, dans une langue de niveaux, de dépôts et de creux.
Le temps est le matériau de ma pratique. Ici, je ne l'ai ni accompagné ni imité : je l'ai laissé travailler seul, à son rythme, et je n'ai gardé que son relevé.
2026 · Papier, eau, sédiments, faune d'un ruisseau · Une large feuille, une semaine dans un ruisseau · Forestival, Lahnstein (Allemagne)