L'écho d'une forêt millénaire

Tout commence au sol, à genoux, pendant des heures. Les papiers sont plongés dans l'eau, dans les pigments, dans l'argile, dans l'encre de Chine. Je malaxe pour que tout entre à l'intérieur ; je travaille et retravaille la feuille jusqu'à détruire ses fibres, jusqu'à ce que le papier cesse d'être du papier, qu'il devienne roche, écorce, chose organique. Il reste de ces heures l'odeur de l'encre, les mains lissées par le frottement, la mémoire du froid de l'eau.
Puis je suspends. Je cherche les bonnes distances, pan après pan, jusqu'à cette sensation précise : perdre visuellement la profondeur tout en la créant. On ne voit pas la sortie depuis l'entrée. Le visiteur avance entre les papiers qui frôlent le corps, désorienté, jusqu'à ce que se perdre cesse d'être un problème.
Cette œuvre appartient à une période où je travaillais par le corps et les sensations. Le sens restait inconscient, et c'était sa place. Je comprenais avec les mains.
La forêt a connu une fin en forme de passage. Marion Binois s'est fait un costume de mon papier travaillé, pour se fondre dans l'œuvre. Presque immobile d'abord, indiscernable des pans suspendus, puis tornade : elle emportait le papier, tournait sur elle-même, et s'est effondrée au centre, recouverte. De ce qui restait sont nés les cocons, une autre œuvre.
Voir aussi : Les cocons
2023 · Papier, encre de Chine, argile, pigments · H3 × l4 × P2 m · Atelier ouvert, 59 Rivoli, Paris · Devenue, par la performance, matière des Cocons