Sous doigts, milliards de marées

À l'entrée du hangar, un passage aux parois de pierre. Sauf que rien n'est pierre : tout est papier. Trempé, malaxé, chargé de terre et de pigments naturels jusqu'à prendre l'aspect du minéral. On traverse une caverne dont chaque paroi est née à genoux, au sol, dans l'eau et l'argile.
À l'aller, l'illusion tient. C'est au retour qu'elle se donne : la construction est ouverte, on voit l'envers des parois, les trous entre les papiers, la précarité de tout l'édifice. Un passage mène derrière le décor, un escabeau permet de monter voir au-dessus ; comme au théâtre, les coulisses font partie de la visite. L'illusion n'est pas un piège : c'est un pacte, qui se révèle à ceux qui reviennent sur leurs pas. On entrait dans l'exposition par l'illusion ; on en ressortait par ses coulisses.
Et la caverne s'usait. Fragiles, altérables, les parois enregistraient les traces de chaque passage (frottements, accrocs, marques des corps) pendant que leurs pigments tombaient en poussière sur le sol et sur les mains de ceux qui touchaient. L'œuvre marquait les visiteurs qui la marquaient. Chacun repartait avec un peu de paroi sur les doigts ; chacun laissait un peu de son passage dans la paroi. Un échange de traces : milliards de marées, sous les doigts.
2023 · Papier, terre, pigments naturels · H3 × l3 × L6 m · Entrée d'exposition, Hangar Belle de Mai, Marseille