Hors de cette vie j'enfouis

Ce paysage est un poème, un poème qui demandait à le devenir.
Hors de cette vie j'enfouis, sous mes pieds le dédale racinaire encore s'encrasse ; poussière née
d'envies un soir que je ne voyais pas. Salinité recueillie irrigue, fantomatique caresse
sur blême visage.
Il parlait d'enfouir, de racines, de poussière, de sel qui irrigue. Alors je l'ai pris au mot. J'ai fragmenté ses lettres, je les ai dispersées dans un espace numérique, couchées, dressées, à demi enterrées dans un terrain que le poème lui-même dictait : la brume pour le soir sans voir, la rouille pour l'encrassement, les effondrements pour l'enfouissement. Puis j'ai peint ce lieu, ramené du calcul vers la main.
Le poème n'est plus lisible ; il est devenu le sol qu'il décrivait. Ses lettres gisent dans le paysage comme le dédale racinaire sous les pieds : on ne le lit pas, on se tient dessus. Et quelque part dans la brume, la salinité continue d'irriguer.
2026 · Acrylique sur toile · 100 × 150 cm